jeudi 28 mai 2020

La Petite Souris et le traineau à mouche, de Fabienne Lejamble

Mon cobaye n°3 a fêté ses 5 ans et est très intéressé par ce qui se passe dans la bouche de ses ainés. Cobaye n°2 a déjà perdu 6 dents (à bientôt 9 ans) et ce phénomène commence chez ses camarades de classe.

Voilà pourquoi j'ai commandé :

La Petite Souris et le traineau à mouche, de Fabienne Lejamble
Je l'ai feuilleté, avant d'en faire la lecture du soir...


Cet album pour les 4-7 ans aborde non seulement le sujet des dents de lait qui tombent, mais surtout, il révèle comment la Petite Souris s'approvisionne en pièces et aussi pourquoi il ne faut pas mettre l'argent dans la bouche  😁


Et visiblement, les illustrations attirent les petits yeux curieux. Numéro 3 ne sait pas lire, mais je l'ai entendu se raconter une histoire bien avant que je lui lise la version imprimée.




 
Avis de mes cobayes :

Numéro 2 (bientôt 9 ans) :
C'est bien parce que ça ressemble à la tournée du Père Noël

Numéro 3 (5 ans)
C'est bien parce que c'est drôle

lundi 25 mai 2020

A contretemps, épisode 83d


- Selon vous, comment va se passer votre rendez-vous avec Pamela ?
- Je n’en sais rien. Je vous avoue que cela me rassurerait de voir le film de cette rencontre, avant d’y aller.
- Alors, faites-moi rêver ! Réalisez la bande-annonce pour moi, ici et maintenant.
- …
- Allez, hop hop hop ! Nous avons déjà parlé que vous deviez être l’acteur de votre vie et ne pas juste subir les événements. Alors je vous écoute : prenez le rôle de réalisateur !
Durand sourit.
- Très bien. Alors j’arriverai vers la brasserie. Elle sera déjà là. Je la repérerai avant qu’elle ne me voie. J’essaierai de marcher calmement, de respirer profondément. J’espérerai qu’elle ne me remarque qu’au dernier moment. Je me glisserai entre les tables. Quand elle se retournera vers moi, un sourire envahira son visage, elle se lèvera rapidement et me sautera au cou. Pendant qu’elle me serrera contre elle, elle me dira : « J’ai eu peur que tu ne viennes pas. » Je la serrerai un peu contre moi pour la rassurer. Puis je la prendrai par les épaules pour l’écarter un peu, je la dévisagerai en souriant, puis nous nous assoirons l’un à côté de l’autre.
- Bon début, encourage le psy.

- On attendra que le serveur apporte notre commande pour parler de choses sérieuses. Un fois servie, elle sortira la lettre de son sac, en souriant. Elle posera sa main sur la mienne.
- A quel moment mènerez-vous l’action ?
- Euh… quand elle me dira qu’elle veut bien reprendre notre relation, je lui offrirai les billets pour son opéra préféré.
Monsieur Durand sortit fièrement de sa poche deux entrées pour La Bohème de Puccini.
- Et si elle préfère que vous restiez amis ?
- J’inviterai ma mère.
Les yeux du psy s’écarquillèrent. Le patient poursuivit :
- Cela lui ferait très plaisir et elle serait surprise que je l’y invite.
- De qui parlons-nous exactement ?
- De ma mère. Au cas où Pamela renonce.
- Vous n’envisageriez pas d’autres options ? Pour vous, c’est opéra en amoureux ou avec votre mère ?
- Quels seraient mes autres choix ?
- Aller à l’opéra avec Pamela en toute amitié, lui offrir les deux billets pour qu’elle y aille avec la personne de son choix, ou alors vous les conservez, vous vous y rendez seul ou avec quelqu’un d’autre.
- La représentation est samedi, je n’aurai pas le temps de commencer une relation suffisamment sérieuse pour inviter la nouvelle à un tel événement !
- N’avez-vous jamais profité de votre célibat pour faire des choses pour vous ?
- Comment cela ?
- Combien de temps restez-vous célibataire entre deux relations ?
- Je ne sais pas, je n’ai jamais calculé… deux semaines au maximum.
- Vous êtes en train de battre votre record pour Pamela.
Lucien se dandina silencieusement sur sa chaise.
- Je pense que, lorsque vous sortirez d’ici, vous allez respirer, profiter du soleil, peut-être manger une glace au bout de la rue. Quel est votre parfum préféré ?
- Hein ?
- Votre arôme de glace préféré ?
- Pourquoi cette question ? Quelle importance ?
- Pour vérifier que vous êtes connecté à vous-même. Pour que vous restiez vous-même lors de votre discussion avec Pamela et que vous preniez en compte vos besoins, vos désirs, vos limites et vos peurs.
- Caramel beurre salé.
- C’est le parfum qui vous évoque des souvenirs heureux, vos vacances d’été quand vous étiez petit ?
- Non, c’est la glace préférée de ma mère.
- OK, nous avons encore du travail. Entre fraise et pistache, vous choisiriez quoi ?
- Pistache.
- Pourquoi ?
- Fraise, c’est pour les filles.
- Entre chocolat et vanille ?
- Chocolat.
- Parce que vanille c’est pour les filles ?
- …
- Donc voici mon ordonnance : allez tout de suite chez le petit glacier d’à côté, lisez la liste des arômes disponibles, soyez attentif aux réactions de votre corps et commandez une boule au parfum qui vous fera vraiment plaisir, et non pas celle qui donnera la meilleure image de vous. Si vous n’arrivez pas à choisir avant l’heure du rendez-vous, envoyez un SMS d’annulation à Pamela !

vendredi 22 mai 2020

A contretemps, épisode 83c


Le thérapeute reposa lentement la lettre sur la table et resta silencieux quelques instants.
- J’imagine que cela vous a demandé beaucoup d’efforts.
Monsieur Durand acquiesça et haussa un sourcil :
- Et du temps !
- Oui, j’imagine.
Le thérapeute respira profondément avant de poursuivre.
- Comment vous sentiez-vous au moment où vous avez mis un point final à cette lettre ?
- Vidé, mais satisfait.
- Je veux bien vous croire… Hum, par quels adjectifs qualifieriez-vous votre texte ?
- Sincère, heu… entier et …
Il réfléchit quelques instants.
- Et détaillé !
- Je suis d’accord. Maintenant, question plus difficile : selon vous, comment a-t-elle reçu le message de cette lettre ?
- Dans sa boîte aux lettres, pardi !
- Non, je veux dire : comment l’a-t-elle perçu ? Comment l’a-t-elle compris ? Est-ce qu’elle aura capté la sincérité ? Aura-t-elle discerné vos intentions ?
- Je pense que oui. Mais…
La suite de la phrase ne venant pas, le thérapeute insista :
- Il me semble qu’avant de lire votre prose je vous avais demandé de parler sans que j’aie sans cesse besoin de vous tirer les vers du nez…
Durand utilisa le même ton pour répondre :
- Il me semble qu’en début de séance je vous ai demandé votre avis de professionnel sur ma lettre et comment vous pensez qu’elle allait réagir à ma missive…
Les deux hommes se sourirent brièvement.
- Êtes-vous sûr que vous voulez une réponse professionnelle, complète, carrée et franche ?
- Oui.
- Êtes-vous sûr que j’ai les compétences pour répondre sur sa réaction, alors que je ne la connais pas ?
- Euh… Vous avez un regard extérieur, vous pouvez capter les messages qui se seraient glissés insidieusement dans mon texte, qu’elle pourrait avoir perçus, sans que j’aie voulu les exprimer.
Le thérapeute reprit la lettre et en lut quelques extraits à haute voix :
- « Tu as vu le petit Lucien vulnérable et que c’est aussi de lui que tu es tombée amoureuse », « je sais que je peux te faire confiance, que tu ne me blesseras jamais », « j’aime ma sécurité, avoir mon espace et ma routine bien installée », « tu t’es accrochée et j’ai eu peur. Peur du passage de couple fusionnel à couple de longue durée, avec des conflits », « la menace d’être bousculé dans mon petit confort a pris trop de place dans mon esprit, dans mon cœur et j’ai rompu », « je dois t’avouer que j’ai peur de ta réaction », « il y a des caps que je ne sais pas franchir, de nouveaux horizons à découvrir qui me terrifient… mais si tu veux bien qu’on poursuive le voyage main dans la main, je me sentirais plus fort pour bousculer mes murailles personnelles et aller de l’avant ». 


- Vous avez dit tout à l’heure que l’essentiel était ma sincérité.
- Je confirme. Vous avez été sincère. Vous vous êtes livré entièrement. Vous avez passé d’une image publicitaire de mec attentionné au début de votre relation à un homme de quatre-vingts ans d’âge mental. En une lettre.
- Vous croyez qu’elle va le prendre comme cela ?
- Je pense que vous prêtez beaucoup de qualités à Pamela, et probablement à vos amies précédentes.
- Développez, je vous prie !
- Vous les imaginez parfaites, sans faille, sans manquement. Vous les mettez sur un piédestal, vous vous sentez minable, opportuniste, alors que vous êtes juste tous deux des êtres humains, avec des qualités, des défauts. Vous devriez traiter d’égal à égal avec les femmes.
- Ok, c’est noté. Mais dans le cas de Pamela, quelle pourrait être sa faille ?
- Vous avez imaginé qu’elle avait perçu l’homme vulnérable et renfermé qui se cachait derrière le beau parleur…
- Vous ne le croyez pas ?
- Je n’en sais rien. Comme je vous l’ai dit précédemment, je ne la connais pas. De plus, la version de vous dragueur n’est jamais entrée dans mon cabinet. Finalement, je ne connais que le mec introverti et effrayé par l’inconnu.
- S’il vous plaît, donnez-moi votre avis. Vous avez des connaissances sur la nature humaine. Qu’en pensez-vous, sincèrement ?
- En supposant que vous l’ayez vraiment éblouie au début, qu’elle ait craqué sur la force qui émanait de vous et sur vos talents de séducteur, j’imagine que c’est une femme qui ne se laisse pas toucher par les failles et la sensibilité d’un homme. Elle aura vu en vous un chaud lapin. Son esprit de compétition pour garder sa place dans vos bras face aux regards envieux des autres filles doit étouffer son côté gentille infirmière attentive et douce.
Lucien ne répondit rien. Le thérapeute poursuivit son explication.
- Mais il se peut que vous ayez une image totalement fausse de vous à chaque stade de la relation, qu’elle vous ait vu maladroit et touchant lors de votre première rencontre…
- Vous estimez à quelle probabilité que ce soit la seconde version ?
- En vous connaissant un peu, je mise sur la deuxième option.
- Je ne sais pas si je dois le prendre comme un compliment, mais vu que j’espère toujours reprendre ma relation avec Pamela, il me semble que cette interprétation me laisse plus de chances d’atteindre mon but.